Les types de raisonnement avancĂ©s (Partie 2) đŸ€“

Ici, place Ă  la cour des grands, on va s’attarder sur le raisonnement par l’absurde, les rĂ©currences doubles et fortes, l’analyse synthĂšse ou encore l’obscur mais pas si dur Modus Ponens.

1. Raisonnement par l’absurde

Supposons que nous sommes face au problÚme suivant : étant donné un nombre rationnel et un nombre irrationnel, montrer que leur somme est irrationnelle.
Ici, un raisonnement direct semble compliquĂ© Ă  mettre en place, nous allons ruser un peu, prenons $a\in\mathbb{Q}$ et $b\in\mathbb{R}\backslash \mathbb{Q}$ et supposons par l’absurde que $c = a+b$ n’est PAS irrationnel (donc rationnel).

Ainsi, on peut réécrire notre inĂ©galitĂ© comme suit : $b = c – a $, or la diffĂ©rence de deux nombres rationnels est rationnelle, on a donc rĂ©ussi Ă  prouver que $b$ Ă©tait rationnel, c’est absurde avec les hypothĂšses que l’on a Ă©mise.
Ici, on a supposĂ© quelque chose et on a abouti Ă  une absurdité : cela signifie donc que notre hypothĂšse de base n’était pas bonne, donc la somme d’un irrationnel et d’un rationnel est effectivement irrationnelle. Ce type de raisonnement est ce que l’on appelle un raisonnement par l’absurde

Comme vous l’avez pu le voir dans l’exemple prĂ©cĂ©dent, la preuve par l’absurde est une forme de preuve qui Ă©tablit la vĂ©ritĂ© ou la validitĂ© d’une proposition en montrant que le fait de supposer que la proposition est fausse conduit Ă  une contradiction.

Une preuve mathĂ©matique utilisant la preuve par l’absurde (ou par contradiction) se dĂ©roule gĂ©nĂ©ralement comme suit :

  1. La proposition Ă  prouver est $P$.
  2. On suppose que P est fausse, c’est-Ă -dire qu’on suppose ÂŹP.
  3. On montre ensuite que ÂŹP implique l’absurditĂ©. Pour ce faire, on dĂ©duit gĂ©nĂ©ralement de l’hypothĂšse deux assertions mutuellement contradictoires, $Q$ et et son opposĂ© $\not Q$, et on fait appel Ă  la consistance des mathĂ©matiques (qui traduit le fait qu’on ne peut pas prouver Ă  la fois un Ă©noncĂ© et son opposĂ©).
  4. Puisque supposer que P est fausse conduit Ă  une contradiction, on conclut que P est en fait vraie.
Voici un premier exemple :

RĂ©soudre l’inĂ©quation $ dfrac{x^2-5x+6}{x-1} > 0$ sur $mathbb{R}$.

Faites le avant de voir comment on rĂ©soud cet exemple 😉

Question flash âšĄïž

$\sqrt{2}$ est il rationnel ?

Bravo, c’est la bonne rĂ©ponse !
En effet, $\sqrt{2}$ est irrationnel, prouvez le avant de voir la démonstration ci dessous !
Perdu, ce n’est pas ça
Et non, $\sqrt{2}$ est irrationnel, prouvez le avant de voir la démonstration ci dessous !

Une fois n’est pas coutume, pour prouver cela, supposons par l’absurde que $\sqrt{2}$ est rationnel. (Ă©tape 2)

⚠POINT RAPPEL⚠
Un nombre rationnel peut toujours s’écrire $\frac{p}{q}$ avec $q>0$ et $p,q$ premiers entre eux ! (En effet, s’ils ne sont pas premiers entre eux, on peut diviser numĂ©rateur et dĂ©nominateur par leur PGCD)

Soit alors $p,q\in\mathbb{Z}$ premiers entre eux tels que $\sqrt{2} = \frac{p}{q}$.
En élevant au carré et en multipliant par $q^2$, cette équation devient $2q^2=p^2$.
Or, on a prouvĂ© (essayez de le refaire si vous ne savez plus comment faire !) dans le prĂ©cĂ©dent chapitre que si $p^2$ est pair, alors $p$ l’est. Ainsi, on peut Ă©crire $p=2p’$, d’oĂč $q^2=2p’^2$ donc $q^2$ est pair, cela signifie que $q$ est aussi pair.

$p$ et $q$ ne sont donc pas premiers entre eux car divisibles par 2, c’est absurde ! (Ă©tape 3)
On a supposé que $\sqrt{2}$ était rationnel et on est tombé sur une contradiction, cela signifie donc que $\sqrt{2}$ est irrationnel !

2. Récurrence double et forte

Dans cette partie, nous allons gĂ©nĂ©raliser le raisonnement par rĂ©currence que l’on vous a prĂ©sentĂ© en dĂ©but de chapitre. J’ai nommĂ© : la rĂ©currence double et la rĂ©currence forte. Celles ci peuvent s’avĂ©rer trĂšs utile dans certaines situations. Pour aborder cette partie, je vous conseille d’ĂȘtre d’abord assez Ă  l’aise avec le raisonnement par rĂ©currence classique.

Petit apartĂ© formalisme :

Le principe de rĂ©currence simple se formule mathĂ©matiquement de la sorte :

$$\left[ \mathcal{P}(0) \wedge \left(\forall n\in\mathbb{N}, (\mathcal{P}(n) \Rightarrow \mathcal{P}(n+1))\right)\right] \rightarrow \left(\forall n\in\mathbb{N}, \mathcal{P}(n)\right)$$

Essayez de prendre le temps de comprendre cette formule, et pourquoi elle n’est que reformulation du principe de rĂ©currence !

Je vous met ci dessous les formulations mathĂ©matiques des rĂ©currences double et forte, voyons si vous arriverez Ă  comprendre leur principe avant d’aller lire la suite du cours !

$$\left[ \mathcal{P}(0) \wedge \mathcal{P}(1) \wedge \left(\forall n\in\mathbb{N}, (\mathcal{P}(n) \wedge \mathcal{P}(n+1) \Rightarrow \mathcal{P}(n+2))\right)\right] \rightarrow \left(\forall n\in\mathbb{N}, \mathcal{P}(n)\right)$$

$$\left[ \mathcal{P}(0) \wedge \left(\forall n\in\mathbb{N}^*, (\mathcal{P}(0) \wedge \mathcal{P}(1) \wedge \cdots \wedge \mathcal{P}(n-1) \Rightarrow \mathcal{P}(n))\right)\right] \rightarrow \left(\forall n\in\mathbb{N}, \mathcal{P}(n)\right)$$

A- La récurrence double

Intuitivement, une propriĂ©tĂ© que l’on dĂ©montre par rĂ©currence est une propriĂ©tĂ© dont la vĂ©racitĂ© se “propage” d’un rang Ă  l’autre. On commence donc par dĂ©montrer qu’elle est vraie quelque part (il s’agit de l’étape d’initialisation, puis on dĂ©montre qu’elle vĂ©rifie la propriĂ©tĂ© de “propagation”𝑛 : c’est Ă  dire que si elle est vaie Ă  un rang, alors elle l’est aussi au rang suivant (c’est l’hĂ©rĂ©ditĂ©). Ceci permet de conclure qu’une telle propriĂ©tĂ© est vraie pour tous les rangs suivant le rang d’initialisation.

Le principe de la rĂ©currence double n’est pas beaucoup plus dur que celui de la rĂ©currence simple : pour l’hĂ©rĂ©ditĂ©, au lieu d’utiliser uniquement le terme prĂ©cĂ©dent, on va utiliser les deux termes prĂ©cĂ©dents. La consĂ©quence logique sur l’initialisation est qu’on va devoir vĂ©rifier la propriĂ©tĂ© sur les deux premiers termes. Elle permet de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s dont la vĂ©racitĂ© ne se “propage” pas directement d’un rang au rang suivant, mais dont la vĂ©racitĂ© Ă  un rang donnĂ© dĂ©pend de sa vĂ©racitĂ© aux deux rangs prĂ©cĂ©dents.

Voici le principe de la récurrence double :
Initialisation : La propriété est vraie pour un rang $n_0$ et pour le suivant $n_0+1$ (généralement, ces deux rangs seront $0$ et $1$).
Hérédité : On suppose que pour un entier $n\geq n_0$ donné, la propriété est vraie au rang $n$ et au rang $n+1$, on prouve alors la propriété au rang $n+2$.
Conclusion : Ă©crire une phrase du type “par rĂ©currence double, pour tout $n\geq n_0,$ la propriĂ©tĂ© $\mathcal{P}(n)$ est vraie.”

Question flash âšĄïž

Que peut on prouver (par rĂ©currence double) Ă  propos de la suite de Fibonacci : pour rappel, il s’agit de la suite telle que $F_0 = 0, F₁ = 1$ et pour $n\in\mathbb{N}, F_{n+2} = F_{n+1}+F_n$. (plusieurs bonnes rĂ©ponses possibles)

Bravo, as tu trouvé toutes les bonnes réponses ?
Tente de prouver ces deux propriĂ©tĂ©s, si tu n’y arrives pas, elles sont en exemple dans le cours d’approfondissement sur la suite de Fibonacci.
Les bonnes réponses sont ailleurs, cherche bien !
Prend garde, la principale diffĂ©rence avec le raisonnement par rĂ©currence simple est qu’il faut effectuer l’initialisation pour les deux premiers termes !

Passons à un petit exemple pour avoir un exemple de démonstration pour la récurrence double.

Exemple :

Considérons la suite définie par récurrence par : $u_0=1, u_1=3, u_{n+2} = 4u_{n+1}- 3u_n $
Montrer que pour tout $n\in\mathbb{N}$, $u_n = 3^n$.

Montrons par récurrence double la propriété suivante : $\mathcal{P}(n):$ « $u_n = 3^n$ ».
Initialisation : $u_0=1=3^0$ et $u_1=3=3^1$. La propriété est donc vraie aux rangs $n=0$ et $n=1$.
Hérédité : Soit $n\in\mathbb{N}$, supposons que la propriété est vraie au rang $n$ et $n+1$.
Prouvons la au rang $n+2$ :
$u_{n+2} = 4u_{n+1}-3u_n = 4\cdot 3^{n+1} – 3\cdot 3^n = (4-1)\cdot 3^{n+1} = 3\cdot 3^{n+1} = 3^{n+2}$.
La propriété est héréditaire, donc par récurrence double on a prouvé que $u_n = 3^n \forall n\in\mathbb{N}$.

B- La récurrence forte

On a vu que la rĂ©currence simple permet de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s qui se “propagent” d’un rang au rang suivant, la rĂ©currence double permet de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s dont la vĂ©racitĂ© Ă  un rang donnĂ© se dĂ©duit de sa vĂ©racitĂ© aux deux rangs prĂ©cĂ©dents. La rĂ©currence forte, elle, nous permettra de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s oĂč il faut supposer la vĂ©racitĂ© de tous les rangs prĂ©cĂ©dents pour prouver la vĂ©racitĂ© Ă  un certain rang.

Cette fois, la diffĂ©rence de rĂ©daction par rapport Ă  la rĂ©currence simple ne rĂ©side que dans les hypothĂšses supplĂ©mentaires que l’on peut faire lors de l’hĂ©rĂ©ditĂ©.

Voici le principe de la récurrence forte :
Initialisation : La propriété est vraie pour un rang $n_0$ (généralement $0$).
Hérédité : On suppose que pour un entier $n\geq n_0$ donné, la propriété est vraie aux rangs $n_0 \leq k \leq n$, on prouve alors la propriété au rang $n+1$.
Conclusion : Ă©crire une phrase du type “par rĂ©currence forte, pour tout $n\geq n_0,$ la propriĂ©tĂ© $\mathcal{P}(n)$ est vraie.”

Exemple :

ThĂ©orĂšme : Montrer que tout entier naturel $n \geq 2$ s’Ă©crit comme produit de nombres premiers.

⚠POINT RAPPEL⚠
Un nombre premier est un entier naturel qui n’admet que 2 diviseurs distincts : lui mĂȘme et 1.
Les nombres $0$ et $1$ ne sont pas des nombres premiers (car ils ont respectivement une infinité de diviseurs et un seul diviseur)
Les nombres $2,3,5,7,11$ sont des nombres premiers.
$4$ n’est pas premier, car divisible par $1,2$ et $4$.

Au collĂšge, vous avez admis ce thĂ©orĂšme, nous allons dĂšs Ă  prĂ©sent le prouver Ă  l’aide du principe de rĂ©currence forte !

Cet exercice peut sembler difficile Ă  apprĂ©hender, mais grĂące Ă  la rĂ©currence forte, il ne nous posera aucun problĂšme, notons donc, pour $n\geq 2, \mathcal{P}(n) : “n$ s’Ă©crit comme produit de nombres premiers”.

Initialisation : Prouvons $\mathcal{P}(2)$ : $2$ est un nombre premier, et $2=2$, donc $2$ s’Ă©crit bien comme produit d’un seul nombre premier.

Hérédité : Soit $n\geq 2$, supposons que pour $2\leq k \leq n$, la propriété $\mathcal{P}(k)$ est vraie.
Montrons que $n+1$ s’Ă©crit alors comme produit de nombres premiers. On se retrouve face Ă  deux cas : (cela vous rappelle un raisonnement 😄?)
– Cas 1 : $n+1$ est un nombre premier, donc $n+1 = n+1$ est une Ă©criture en produits de nombres premiers de $n+1$.
– Cas 2 : $n+1$ n’est pas un nombre premier, donc il existe $k\neq 1$ et $\neq n+1$ tel que $k$ divise $n+1$. On a alors $2\leq \frac{n+1}{k}$ et $2\leq k$, ces deux nombres admettent une dĂ©composition en produits de nombres premiers par hypothĂšse de rĂ©currence forte

Voici un petit exercice mĂȘlant disjonction de cas et Ă©quivalence !

C- Contraposée

Le raisonnement par contraposĂ©e permet de dĂ©montrer qu’une implication du type ‘$PRightarrow Q$’ est vraie. Ce raisonnement se base sur l’équivalence entre l’assertion ‘$PRightarrow Q$’ et l’assertion ‘non $Q Rightarrow$ non $P $’. Donc si l’on souhaite montrer l’assertion $PRightarrow Q$, on montre en faite que si non $Q$ est vraie alors non $P$ est vraie.

Un petit exemple en français pour vous convaincre de la vĂ©racitĂ© de cette propriĂ©tĂ©s, normalement vous devriez ĂȘtre convaincus que les deux phrases suivantes sont Ă©quivalentes :
(1) – S’il pleut, je mets mon parapluie
(2) – Si je ne mets pas mon parapluie, il ne pleut pas.

Question flash âšĄïž

Si l’on se place dans le formalisme avec les $P$ et les $Q$, en considĂ©rant que la phrase (1) reprĂ©sente $PRightarrow Q$ et (2) reprĂ©sente $neg Q Rightarrow negP$, quelle groupe de mot prend la place de $P$ ?

Félicitations !
En effet, la proposition $P$ est le groupe de mot « il pleut », et la proposition $Q$ correspond à « je mets mon parapluie »
Perdu, retente encore !

Un exercice trĂšs classique oĂč il est judicieux de raisonner par contraposĂ©e est le suivant :

Soit $ninmathbb{N}$, montrer que si $n^2$ est pair, alors $n$ est pair.

Raisonnons par contraposĂ©e : montrons que si $n$ n’est pas pair (donc impair), alors $n^2$ n’est pas pair (donc impair) :

Soit $ninmathbb{N}$ un entier impair, il existe $k$ entier tel que $n=2k+1$. Alors, $n^2=(2k+1)^2 = 4k^2+4k+1 = 2(2k^2+2k)+1$ : $n^2$ est bien impair, donc on a prouvĂ© par contraposĂ©e que si $n^2$ est pair, alors $n$ l’est aussi !

Dans le prochain cours, on découvrira des types de raisonnement un peu plus évolués, accrochez vous ça va secouer !

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