Ici, place Ă la cour des grands, on va sâattarder sur le raisonnement par lâabsurde, les rĂ©currences doubles et fortes, lâanalyse synthĂšse ou encore lâobscur mais pas si dur Modus Ponens.
Supposons que nous sommes face au problÚme suivant : étant donné un nombre rationnel et un nombre irrationnel, montrer que leur somme est irrationnelle.
Ici, un raisonnement direct semble compliquĂ© Ă mettre en place, nous allons ruser un peu, prenons $a\in\mathbb{Q}$ et $b\in\mathbb{R}\backslash \mathbb{Q}$ et supposons par lâabsurde que $c = a+b$ nâest PAS irrationnel (donc rationnel).
Ainsi, on peut réécrire notre inĂ©galitĂ© comme suit : $b = c â a $, or la diffĂ©rence de deux nombres rationnels est rationnelle, on a donc rĂ©ussi Ă prouver que $b$ Ă©tait rationnel, câest absurde avec les hypothĂšses que lâon a Ă©mise.
Ici, on a supposĂ© quelque chose et on a abouti Ă une absurdité : cela signifie donc que notre hypothĂšse de base nâĂ©tait pas bonne, donc la somme dâun irrationnel et dâun rationnel est effectivement irrationnelle. Ce type de raisonnement est ce que l’on appelle un raisonnement par l’absurde
Comme vous lâavez pu le voir dans lâexemple prĂ©cĂ©dent, la preuve par lâabsurde est une forme de preuve qui Ă©tablit la vĂ©ritĂ© ou la validitĂ© d’une proposition en montrant que le fait de supposer que la proposition est fausse conduit Ă une contradiction.
Une preuve mathĂ©matique utilisant la preuve par l’absurde (ou par contradiction) se dĂ©roule gĂ©nĂ©ralement comme suit :
RĂ©soudre lâinĂ©quation $ dfrac{x^2-5x+6}{x-1} > 0$ sur $mathbb{R}$.
Faites le avant de voir comment on rĂ©soud cet exemple đ
$\sqrt{2}$ est il rationnel ?
Une fois nâest pas coutume, pour prouver cela, supposons par lâabsurde que $\sqrt{2}$ est rationnel. (Ă©tape 2)
â ïžPOINT RAPPELâ ïž
Un nombre rationnel peut toujours sâĂ©crire $\frac{p}{q}$ avec $q>0$ et $p,q$ premiers entre eux ! (En effet, sâils ne sont pas premiers entre eux, on peut diviser numĂ©rateur et dĂ©nominateur par leur PGCD)
Soit alors $p,q\in\mathbb{Z}$ premiers entre eux tels que $\sqrt{2} = \frac{p}{q}$.
En élevant au carré et en multipliant par $q^2$, cette équation devient $2q^2=p^2$.
Or, on a prouvĂ© (essayez de le refaire si vous ne savez plus comment faire !) dans le prĂ©cĂ©dent chapitre que si $p^2$ est pair, alors $p$ lâest. Ainsi, on peut Ă©crire $p=2pâ$, dâoĂč $q^2=2pâ^2$ donc $q^2$ est pair, cela signifie que $q$ est aussi pair.
$p$ et $q$ ne sont donc pas premiers entre eux car divisibles par 2, c’est absurde ! (Ă©tape 3)
On a supposé que $\sqrt{2}$ était rationnel et on est tombé sur une contradiction, cela signifie donc que $\sqrt{2}$ est irrationnel !
Dans cette partie, nous allons gĂ©nĂ©raliser le raisonnement par rĂ©currence que lâon vous a prĂ©sentĂ© en dĂ©but de chapitre. Jâai nommĂ© : la rĂ©currence double et la rĂ©currence forte. Celles ci peuvent sâavĂ©rer trĂšs utile dans certaines situations. Pour aborder cette partie, je vous conseille dâĂȘtre dâabord assez Ă lâaise avec le raisonnement par rĂ©currence classique.
Petit aparté formalisme :
Le principe de récurrence simple se formule mathématiquement de la sorte :
$$\left[ \mathcal{P}(0) \wedge \left(\forall n\in\mathbb{N}, (\mathcal{P}(n) \Rightarrow \mathcal{P}(n+1))\right)\right] \rightarrow \left(\forall n\in\mathbb{N}, \mathcal{P}(n)\right)$$
Essayez de prendre le temps de comprendre cette formule, et pourquoi elle nâest que reformulation du principe de rĂ©currence !
Je vous met ci dessous les formulations mathĂ©matiques des rĂ©currences double et forte, voyons si vous arriverez Ă comprendre leur principe avant dâaller lire la suite du cours !
$$\left[ \mathcal{P}(0) \wedge \mathcal{P}(1) \wedge \left(\forall n\in\mathbb{N}, (\mathcal{P}(n) \wedge \mathcal{P}(n+1) \Rightarrow \mathcal{P}(n+2))\right)\right] \rightarrow \left(\forall n\in\mathbb{N}, \mathcal{P}(n)\right)$$
$$\left[ \mathcal{P}(0) \wedge \left(\forall n\in\mathbb{N}^*, (\mathcal{P}(0) \wedge \mathcal{P}(1) \wedge \cdots \wedge \mathcal{P}(n-1) \Rightarrow \mathcal{P}(n))\right)\right] \rightarrow \left(\forall n\in\mathbb{N}, \mathcal{P}(n)\right)$$
Intuitivement, une propriĂ©tĂ© que lâon dĂ©montre par rĂ©currence est une propriĂ©tĂ© dont la vĂ©racitĂ© se âpropageâ dâun rang Ă lâautre. On commence donc par dĂ©montrer quâelle est vraie quelque part (il sâagit de lâĂ©tape dâinitialisation, puis on dĂ©montre quâelle vĂ©rifie la propriĂ©tĂ© de âpropagationâđ : câest Ă dire que si elle est vaie Ă un rang, alors elle lâest aussi au rang suivant (câest lâhĂ©rĂ©ditĂ©). Ceci permet de conclure quâune telle propriĂ©tĂ© est vraie pour tous les rangs suivant le rang dâinitialisation.
Le principe de la rĂ©currence double nâest pas beaucoup plus dur que celui de la rĂ©currence simple : pour lâhĂ©rĂ©ditĂ©, au lieu dâutiliser uniquement le terme prĂ©cĂ©dent, on va utiliser les deux termes prĂ©cĂ©dents. La consĂ©quence logique sur lâinitialisation est quâon va devoir vĂ©rifier la propriĂ©tĂ© sur les deux premiers termes. Elle permet de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s dont la vĂ©racitĂ© ne se âpropageâ pas directement dâun rang au rang suivant, mais dont la vĂ©racitĂ© Ă un rang donnĂ© dĂ©pend de sa vĂ©racitĂ© aux deux rangs prĂ©cĂ©dents.
Voici le principe de la récurrence double :
– Initialisation : La propriĂ©tĂ© est vraie pour un rang $n_0$ et pour le suivant $n_0+1$ (gĂ©nĂ©ralement, ces deux rangs seront $0$ et $1$).
– HĂ©rĂ©dité : On suppose que pour un entier $n\geq n_0$ donnĂ©, la propriĂ©tĂ© est vraie au rang $n$ et au rang $n+1$, on prouve alors la propriĂ©tĂ© au rang $n+2$.
– Conclusion : Ă©crire une phrase du type âpar rĂ©currence double, pour tout $n\geq n_0,$ la propriĂ©tĂ© $\mathcal{P}(n)$ est vraie.â
Que peut on prouver (par rĂ©currence double) Ă propos de la suite de Fibonacci : pour rappel, il sâagit de la suite telle que $F_0 = 0, Fâ = 1$ et pour $n\in\mathbb{N}, F_{n+2} = F_{n+1}+F_n$. (plusieurs bonnes rĂ©ponses possibles)
Passons à un petit exemple pour avoir un exemple de démonstration pour la récurrence double.
Considérons la suite définie par récurrence par : $u_0=1, u_1=3, u_{n+2} = 4u_{n+1}- 3u_n $
Montrer que pour tout $n\in\mathbb{N}$, $u_n = 3^n$.
Montrons par récurrence double la propriété suivante : $\mathcal{P}(n):$ « $u_n = 3^n$ ».
Initialisation : $u_0=1=3^0$ et $u_1=3=3^1$. La propriété est donc vraie aux rangs $n=0$ et $n=1$.
Hérédité : Soit $n\in\mathbb{N}$, supposons que la propriété est vraie au rang $n$ et $n+1$.
Prouvons la au rang $n+2$Â :
$u_{n+2} = 4u_{n+1}-3u_n = 4\cdot 3^{n+1} â 3\cdot 3^n = (4-1)\cdot 3^{n+1} = 3\cdot 3^{n+1} = 3^{n+2}$.
La propriété est héréditaire, donc par récurrence double on a prouvé que $u_n = 3^n \forall n\in\mathbb{N}$.
On a vu que la rĂ©currence simple permet de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s qui se âpropagentâ dâun rang au rang suivant, la rĂ©currence double permet de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s dont la vĂ©racitĂ© Ă un rang donnĂ© se dĂ©duit de sa vĂ©racitĂ© aux deux rangs prĂ©cĂ©dents. La rĂ©currence forte, elle, nous permettra de dĂ©montrer des propriĂ©tĂ©s oĂč il faut supposer la vĂ©racitĂ© de tous les rangs prĂ©cĂ©dents pour prouver la vĂ©racitĂ© Ă un certain rang.
Cette fois, la diffĂ©rence de rĂ©daction par rapport Ă la rĂ©currence simple ne rĂ©side que dans les hypothĂšses supplĂ©mentaires que lâon peut faire lors de lâhĂ©rĂ©ditĂ©.
Voici le principe de la récurrence forte :
– Initialisation : La propriĂ©tĂ© est vraie pour un rang $n_0$ (gĂ©nĂ©ralement $0$).
– HĂ©rĂ©dité : On suppose que pour un entier $n\geq n_0$ donnĂ©, la propriĂ©tĂ© est vraie aux rangs $n_0 \leq k \leq n$, on prouve alors la propriĂ©tĂ© au rang $n+1$.
– Conclusion : Ă©crire une phrase du type âpar rĂ©currence forte, pour tout $n\geq n_0,$ la propriĂ©tĂ© $\mathcal{P}(n)$ est vraie.â
ThĂ©orĂšme : Montrer que tout entier naturel $n \geq 2$ s’Ă©crit comme produit de nombres premiers.
â ïžPOINT RAPPELâ ïž
Un nombre premier est un entier naturel qui n’admet que 2 diviseurs distincts : lui mĂȘme et 1.
Les nombres $0$ et $1$ ne sont pas des nombres premiers (car ils ont respectivement une infinité de diviseurs et un seul diviseur)
Les nombres $2,3,5,7,11$ sont des nombres premiers.
$4$ n’est pas premier, car divisible par $1,2$ et $4$.
Au collĂšge, vous avez admis ce thĂ©orĂšme, nous allons dĂšs Ă prĂ©sent le prouver Ă l’aide du principe de rĂ©currence forte !
Cet exercice peut sembler difficile Ă apprĂ©hender, mais grĂące Ă la rĂ©currence forte, il ne nous posera aucun problĂšme, notons donc, pour $n\geq 2, \mathcal{P}(n) : “n$ s’Ă©crit comme produit de nombres premiers”.
Initialisation : Prouvons $\mathcal{P}(2)$ : $2$ est un nombre premier, et $2=2$, donc $2$ s’Ă©crit bien comme produit d’un seul nombre premier.
Hérédité : Soit $n\geq 2$, supposons que pour $2\leq k \leq n$, la propriété $\mathcal{P}(k)$ est vraie.
Montrons que $n+1$ s’Ă©crit alors comme produit de nombres premiers. On se retrouve face Ă deux cas : (cela vous rappelle un raisonnement đ?)
– Cas 1 : $n+1$ est un nombre premier, donc $n+1 = n+1$ est une Ă©criture en produits de nombres premiers de $n+1$.
– Cas 2 : $n+1$ n’est pas un nombre premier, donc il existe $k\neq 1$ et $\neq n+1$ tel que $k$ divise $n+1$. On a alors $2\leq \frac{n+1}{k}$ et $2\leq k$, ces deux nombres admettent une dĂ©composition en produits de nombres premiers par hypothĂšse de rĂ©currence forte
Le raisonnement par contraposĂ©e permet de dĂ©montrer quâune implication du type â$PRightarrow Q$â est vraie. Ce raisonnement se base sur lâĂ©quivalence entre lâassertion â$PRightarrow Q$â et lâassertion ânon $Q Rightarrow$ non $P $â. Donc si lâon souhaite montrer lâassertion $PRightarrow Q$, on montre en faite que si non $Q$ est vraie alors non $P$ est vraie.
Un petit exemple en français pour vous convaincre de la vĂ©racitĂ© de cette propriĂ©tĂ©s, normalement vous devriez ĂȘtre convaincus que les deux phrases suivantes sont Ă©quivalentes :
(1) – Sâil pleut, je mets mon parapluie
(2) – Si je ne mets pas mon parapluie, il ne pleut pas.
Si lâon se place dans le formalisme avec les $P$ et les $Q$, en considĂ©rant que la phrase (1) reprĂ©sente $PRightarrow Q$ et (2) reprĂ©sente $neg Q Rightarrow negP$, quelle groupe de mot prend la place de $P$ ?
Un exercice trĂšs classique oĂč il est judicieux de raisonner par contraposĂ©e est le suivant :
Soit $ninmathbb{N}$, montrer que si $n^2$ est pair, alors $n$ est pair.
Raisonnons par contraposĂ©e : montrons que si $n$ n’est pas pair (donc impair), alors $n^2$ n’est pas pair (donc impair) :
Soit $ninmathbb{N}$ un entier impair, il existe $k$ entier tel que $n=2k+1$. Alors, $n^2=(2k+1)^2 = 4k^2+4k+1 = 2(2k^2+2k)+1$ : $n^2$ est bien impair, donc on a prouvĂ© par contraposĂ©e que si $n^2$ est pair, alors $n$ l’est aussi !
Dans le prochain cours, on découvrira des types de raisonnement un peu plus évolués, accrochez vous ça va secouer !
En effet, $\sqrt{2}$ est irrationnel, prouvez le avant de voir la démonstration ci dessous !